Livres à paraître

Cet article consacré à la Renouée du Japon est extrait d’un ouvrage en cours de rédaction intitulé Les plantes du chaos.  Il devait paraître dans la collection Vieilles racines et jeunes pousses en mars 2021. Nous continuons à espérer qu’il pourra paraître, si les conséquences de la crise actuelle nous permettent toutefois de réaliser nos projets éditoriaux.

 

           La renouée du Japon est emblématique d’un groupe de plantes qui semblent être les signatures, voire les réponses végétales aux mutations provoquées par la mondialisation effrénée, qui de crise en crise nous mène vers le chaos. Dans les années qui ont précédé ce chaos inauguré par la présente pandémie du Covid-19, nous les avions volontiers qualifiées de « pestes végétales » : Jussie, buddleia, séneçon du Cap oudatura stramoine, nous les avons souvent importées sans même nous en rendre compte d’Asie, d’Amérique ou d’Afrique de par notre frénésie d’exploitation économique sans limites de la nature.

 

Elles prospèrent aujourd’hui avec une vitalité insolente dans nos écosystèmes ravagés par l’urbanisation et artificialisés par tous les « aménagements » agricoles et industriels.  Elles ont beaucoup à nous apprendre, à même à nous proposer si nous arrivons à changer notre regard et notre comportement ; elles peuvent même sans doute nous aider si nous les considérons comme des miroirs de la nature, de notre propre nature.

 


Les plantes du chaos

 

RENOUEE DU JAPON,

PLANTE MIROIR DE LA MONDIALISATION

 

 

 

Noms communs

Français : Renouée du Japon

Japonais : Itadori-kon, 虎杖根,Kojyo-kon, 虎杖根

Chinois : Hu zhang,

Anglais : Japeneseknotweed, Giant knotweed, Donkeyrhubarb

 Allemand : Sachalin-Knöterich


 

Nom(s) scientifique(s) :PolygonumcuspidatumSieb. &Zucc. = ReynoutriajaponicaHoutt. = Fallopiajaponica (Houtt.) Dcne,

 

Polygonaceae

 

Cette superbe plante vivace est originaire du Japon elle pousse sur des sols naturellement métallifères (origine volcanique). Introduite aux Pays-Bas vers 1825, puis diffusée dans toute l’Europe comme plante ornemen­tale, mellifère, fourragère et fixatrice des dunes, elle s’est largement naturalisée, surtout à partir de la deuxième partie du XXe siècle, en France comme dans toute l’Europe du domaine atlantique, où elle « envahit » les écosystèmes qui sont les plus artificialisés.

 

Elle fait partie des espèces herbacées les plus productives de toute la flore tempérée ; elle peut fournir jusqu'à 13 tonnes/ha pour les parties aériennes et 16 tonnes/ha pour les parties souterraines.

 

Elle est aujourd’hui considérée comme une peste végétale, alors que ses pousses sont consommées comme légume-feuille et que ses rhizomes sont appréciés en médecine traditionnelle et moderne en Asie du Sud-Est, contre les plaies et les brûlures ainsi que pour leurs propriétés anti-inflammatoires, antibactériennes et antivirales.

 

Au Japon, dans son pays d’origine, le remède fournit par sa racine s’appelle d’ailleurs Itadori-kon, ce qui peut se traduire par quelque chose comme «racine du bien-être ».

 

Que vient-elle nous dire de notre rapport au monde ? Que peut-elle nous enseigner, que pourrait-elle nous apporter ?

 

 

Description

ochréa à la base des feuilles (photo Thierry Thévenin)
ochréa à la base des feuilles (photo Thierry Thévenin)

 Les renouées du Japon sont de très grandes plantes vivaces (2 à 4 m de hauteur) à feuilles entières, alternées sur des tiges épaisses arquées. Elles facilement reconnaissables par leurs gaines (ochréas) qui entourent la tige creuse et souvent rougeâtre, au-dessus des nœuds. Ces ochréas sont des sortes de manchons un peu membraneux qui protègent des bourgeons.

 

Il existe trois espèces différentes en France.

 

La première, qui s’est installée à partir un seul pied stérile par multiplication végétative est Fallopiajaponica. Elle présente des feuilles de forme ovale, à la pointe effilée et à la base tronquée, non en coeur. Elles mesurent de 15 à 20 cm de longueur. Elles sont absolument glabres (sans poils) en dessous.

 

 

feuilles de Polygonumjaponica à base du limbe tronqué (photo Thierry Thevenin)
feuilles de Polygonumjaponica à base du limbe tronqué (photo Thierry Thevenin)

Les racines sont très puissantes, allongées et très dures. Leur végétation démarre tôt au printemps, pouvant pousser de plusieurs centimètres par jour. La floraison très mellifère est tardive, les fleurs blanches sont rassemblées en grappes terminales au bout des tiges en août-septembre. Les graines mûrissent à l’automne, elles sont de forme triangulaire comme les graines de sarrasin, lequel est également lui-même une Polygonacée.

 

Les deux autres, Fallopiasachalinensis et Fallopia x bohemica  se distinguent à leurs feuilles plus grandes et plus ou moins velues en dessous, ne serait-ce que sur les nervures. Leurs feuilles atteignent 20 à 45 cm.

 

Reynoutriasachalinensis, photo ©Liliana Motta.
Reynoutriasachalinensis, photo ©Liliana Motta.

Les trois espèces de renouée fleurissent à la fin de l’été en grappes de fleurs blanches. En France, Fallopiajaponica et Fallopiasachalinensis ne produisent pas de graines, ou alors des graines stériles.Par contre, leur hybride, Fallopia x bohemica peut être parfois fertile.

 

Écologie

Fallopiajaponica et Fallopiasachalinensis sont des espèces originaires de Chine, du Japon, de la Corée et de Taiwan, où elles poussent dans les plaines inondables (surtout les berges riches en graviers) en compagnie d’autres espèces et jusqu’en montagne pour Fallopiajaponica.

 

Cette dernière est une espèce pionnière des coulées de lave volcanique où elle s’installe assez rapidement après l’éruption. Sur l'île de Kyushu, elle seule peut pousser à seulement quelques centaines de mètres du cratère actif. Les sols volcaniques sont souvent pauvres en nutriments, mais riches en métaux tels que le cuivre, le zinc et le cadmium. Elle est adaptée à cette situation particulière.

 

Au fur et à mesure qu’elle se décompose, ses parties aériennes chaque année elle enrichit et modifie le sol pour laisser la place au centre de ses fourrés à de nouvelles espèces végétales comme des Asters, des Clématites des Picrides ou des Miscanthus. Au bout de quelques années celles-ci vont également laisser la place à des arbres comme des Aulnes et des mélèzes.

 

Les renouées du Japon s’installent en Europe

fourré de renouée de Sakkaline, vallée de la Loire (photo Thierry Thévenin)
fourré de renouée de Sakkaline, vallée de la Loire (photo Thierry Thévenin)

1826   Philipp Franz Von Siebold, médecin officier de la compagnie des Indes orientales en poste à Nagasaki de 1823 à 1829 ramène des pieds de P. japonicum et les implante dans son jardin à Leiden (Pays-Bas) en tant que plante ornementale.

 

1847,   la Société d’Agriculture et d’Horticulture d’Utrecht (Pays-Bas) décerne une médaille d’or à la renouée du Japon la déclarant « la plante la plus intéressante de l’année» (fourragère, mellifère et fixatrice des sols instables).

 

2000   Les Renouées du Japon sont inscrites sur la liste des « 100 espèces exotiques envahissantes parmi les plus néfastes au monde », publiée par la Commission de la sauvegarde des espèces (CSE) de l’Union mondiale pour la nature (UICN).

 

 

Que s’est-il passé entre ces trois dates ?À partir des années 1950 la propagation des renouées est devenue exponentielle le long des rivières, des fleuves, des routes, surtout lorsque les berges sont aménagées, enrochées; lorsque leurs marges ont perdu leur couverture forestière naturelle et sont devenues des milieux artificiels instables (cultures de maïs, plantations d'arbres, digues, chemins, bords de gravières).

 

 

Les renouées du Japon sont-elles des pestes végétales ?

On peut souvent entendre ou lire que« Les renouées vont envahir notre flore locale et tout détruire » ou bien que « L'invasion des renouées a provoqué une perte de biodiversité ».

 

La renouée du Japon est souvent accusée de « prendre la place » des plantes indigènes et de détruire les écosystèmes « traditionnels » des berges de nos rivières et donc de provoquer une chute de la biodiversité. On lui reproche aussi parfois de saper la stabilité de ces berges et de boucher les ouvrages techniques (enrochements, barrages, grilles, biefs) par son énorme masse végétale en voie de décomposition lorsqu’elle pousse dans les cours d’eau canalisés.

 

Ces points sont très discutables et d’ailleurs discutés par certains écologues spécialistes de la question comme Annick Shnitzler&Serge Müller : « Les plaines alluviales dont le fonctionnement est fragilisé par des aménagements hydrauliques divers, ou par une destruction des forêts ou des prairies, résistent donc mal à l'invasion de la plante.

 

Les excès de phosphates et de nitrates des rivières européennes contribuent également à favoriser la renouée au détriment des autres espèces. » …

 

 « Fallopiajaponica et encore moins F sachalinensis n'arrivent pas à surmonter les conditions de stress inhérents aux écosystèmes forestiers climatiques, qui sont la lutte pour les nutriments et la lumière. Ces deux espèces n'occupent que quelques trouées ou lisières, où elles subissent souvent une forte compétition de la part des espèces autochtones. »

 La renaturation des écosystèmes alluviaux serait donc le moyen le plus logique pour enrayer l'invasion des renouées asiatiques.

 Accuser ainsi la renouée du Japon, c’est en quelque sorte accuser son thermomètre lorsqu’on a de la fièvre.

 

Les renouées sont des plantes bio-indicatrices du faible niveau de naturalité des endroits où elle envahit.L'invasion des renouées dans les milieux alluviaux peut être considérée comme un signal d'alarme : elle témoigne d'un degré́ d'altération du fonctionne­ment naturel, dû aux surexploitations humaines.

 

Les deux chercheurs écologues spécialistes de cette question de la renouée du Japon sont très clairs : « La venue, voire l'invasion des renouées asiatiques dans les écosystèmes alluviaux d’Europe ne présentent aucun inconvénient majeur pour la flore locale, ni pour les écosystèmes forestiers riverains.  On reproche à ces plantes d'augmenter le sapement des berges, mais ce processus est naturel à l'écosystème alluvial, et les ripisylves y sont parfaitement adaptées. Au contraire, il est bien connu que c'est l'arrêt des phénomènes naturels d'érosion et d'alluvionnement, provoqué par les aménagements divers des rivières, qui est souvent gravement dommageable aux forets riverains. ».

 

Dans une autre étude la même Annick Schnitzler et le chercheur anglais John Bailey de l’université de Leicester affirment à propos de la renouée : « Concernant la perte de biodiversité, cette vision des choses n’est que partiellement exacte. C’est bien parce que la forêt alluviale, écosystème originel des plaines alluviales, a été éliminée au profit des cultures ou des plantations, et que les rives des rivières ont fait l’objet de travaux lourds d’enrochement et d’endiguement, que les renouées ont pu s’installer. De biodiversité native, il n’y avait déjà plus grand-chose avant l’invasion des renouées, sauf quelques opportunistes ! »

 

 Au contraire même, certains auteurs constatent en ville une augmentation de la biodiversité grâce aux populations sauvages de renouées, qui poussent à travers le goudron le long des chemins, et le long des rivières modifiées. Ils soulignent la venue de certaines plantes sauvages, la richesse en oiseaux, en abeilles et en invertébrés. Ces qualités sont appréciées en milieu urbain, où la biodiversité naturelle est très basse (Child et al., 1992).

 

Le sujet des invasions biologiques est politique

L’artiste paysagiste Liliana Motta qui a créé un conservatoire des renouées expose remarquablement le problème dans son blog www.de-hors.fr :

 

« Même si les faits décrits sont véridiques, l’idée d’invasion biologique constitue en soi une fausse vérité ou, pire encore, une demi-vérité avec un petit rien de mensonge. C’est un peu comme dire qu’il y a de plus en plus de violence dans le métro parisien parce qu’il y a beaucoup plus d’étrangers. D’accord, les actes de violence dans le métro sont bien réels. Il est aussi vrai que beaucoup d’étrangers utilisent ce moyen de transport. Mais le rapport de causalité entre les deux n’est pas nécessaire ».

 

« Se pose alors la question du territoire.
Qui est étranger ?
Depuis quand est-il étranger ?
Quand finit-il par être naturalisé ?
Quand devient-il envahissant et dangereux ?
Selon quel regard, selon quel classement ?

 « L’ortie pique-t-elle parce qu’elle est française ? Ou bien parce qu’elle possède des poils urticants, dont la base communique avec une vésicule remplie d’un liquide âcre contenant de l’acide formique, responsable des démangeaisons de la peau lorsque celle-ci a été en contact avec la plante ? »

 

Usages médicinaux

 

Selon la pharmacopée traditionnelle chinoise les rhizomes séchés de la renouée du Japonpeuvent êtreutiliséspour soulager les douleurs articulaires, pour traiter les affections du foie, les inflammations et les infections dues à des bactéries ou à des champignons (infections des gencives, du cuir chevelu, pied d’athlète, dermatoses suintantes, gonorrhée, etc.) mais aussi pour soigner les retards de règles et les toux grasses.

 

Les posologies en Chine sont en général plus importantes qu’en Occident : 9 à 15 g de racines séchées, par voie orale et par jour sont recommandées.

 

Ces indications semblent abonder vers une efficacité pour lutter contre les symptômes les plus courants de la maladie de Lyme. De nombreux sites sur Internet relayent cette indication. Certaines sociétés semblent même faire des profits assez honteux sur le dos des malades.

 

La poudre de racines séchée, voire les feuilles sont aussi pour cicatriser les plaies et les brûlures, les allergiessous forme de décoctions ou d’infusions en application locale. Sa composition chimique qui révèle la présence de catéchine et de quercétine valident ces usages du point de vue pharmacologique.

 

Les recherches modernes ont également mis en évidence une forte teneur d’un composant anti-inflammatoire et anti-oxydant reconnu : le resvératrol. Ce composant est notamment considéré comme un élément protecteur majeur contre les affections cardiovasculaires.

 

Le resvératrol est présent dans le vin, on lui a d’ailleurs attribué parfois le fait que les populations buvant du vin seraient moins touchées par les affections cardiaques. On peut lire que le rhizome de renouée du Japon contient beaucoup plus de resvératrol que le raisin, toutefois leur infusion est moins riche que le vin. Il faut en effet 100 fois plus de raisin que de renouée pour préparer une quantité égale de breuvage. La poudre de racine ou la teinture alcoolique seraient donc sans doute plus appropriées pour utiliser la plante.

 

« Les propriétéshypolipémiantes (« dégraissantes ») de la racine de renouée du Japon ont été démontrées lors de tests in vitro et in vivo, mais ne sont pas suffisantes (selon les normes scientifiques) pour déclarerPolygonumcuspidatum protecteur contre les maladies cardiovasculaires » (Constancias, 2008).


Ses propriétés antivirales ont été évaluées dans une étude comparée de plantes médicinales de la pharmacopée chinoise. Une étude a été publiée par des universitaires de Taïwan en 2015, elle a montré que la renouée du Japon et ses composants actifs que sont le resvératrol et l’émodine atténuent la réplication virale de la grippe dans les cellules pulmonaires et qu’ils particulièrement inhibé la réplication du virus de la grippe A, y compris les souches isolées en 2009 et 2011 à Taïwan et la souche de laboratoire A / WSN / 33 (H1N1).  Elle est aujourd'hui utilisé en Chine pour réduire les symptômes des maladies de la pandémie du coronavirus.  Pourquoi la renouée du Japon n’est-elle pas (et ne sera sans doute pas) testée en France et en Europe pour tenter de faire face à l’épidémie du virus COVID-19

 

 

Usages alimentaires

Au Japon, la plante est appelée Itadori-Kon. Itadori peut se traduire par « bien-être ».Elle est également consommée comme aliment. Les jeunes pousses lorsqu’elles sont tendres et cassantes sont préparées comme des asperges. On peut aussi les consommer en potages, tartes et même en confiture.

 

Les graines peuvent être moulues en farine et consommées comme celles du sarrasin qui appartient d’ailleurs à la même famille botanique.

 

La renouée du Japon est-elle un aliment ou un remède sûr?

 

Son emploi est contre-indiqué dans la médecine traditionnelle chinoise pendant la grossesse.

 

En France, d’après l’avis de l’ANSM (Agence française du médicament) « Les études de toxicité n’ont pas montré d’effet, cependant, les effets du resvératrol (action anti-aggrégante) doivent appeler à la prudence en cas d’association avec des médicamentsanti-aggrégants. De même, les activitésoestrogéniques de la plante sont des contre-indications à son utilisation chez les femmes avec un cancer du sein, utérus, ovaire et atteintes de fibromes ou endométriose. Les études sur le resvératrol ont montré qu’il peut inhiber plusieurs cytochromes P450. Des interactions médicamenteuses sont donc possibles avec de nombreux médicaments. ». Quid du vin rouge, également riche en resvératrol ?

 

On ne peut nier que la renouée prospère spontanément sur des sols perturbés et pollués en métaux lourds. D'après des recherches menées à l'université de Lyon 1, elle affectionne particulièrement les sols riches en cadmium. Ces recherches en cours semblent montrer que les racines accumulent des quantités importantes de cet élément toxique lorsqu'elles poussent sur un sol contaminés. En ce qui concerne les parties aériennes, je vous livre cette communication  personnelle du Dr Serge Michalet qui travaille spécialement sur cette plante:

 

« D'après nos analyses (qui sont faites en conditions contrôlées sous serre avec contamination artificielle des sols par ajouts de sels de métaux, donc pas forcément extrapolables à ce qui se passe dans la nature mais qui peut tout de même donner une idée) où nous avons testé 2 génotypes (un hybride et l'espèce parentale F. japonica), il apparaît que cette plante accumule bien les métaux lourds dans les parties aériennes lorsqu'ils sont présents en concentrations importantes dans les sols.

 

Des deux génotypes testés, Fallopiajaponica semble être celui qui a le plus accumulé dans les parties aériennes et plus particulièrement le Cd et le Zn avec des valeurs très importantes pour le Cd (jusqu'à 20 mg/kg dans les parties aériennes ! … la limite de pollution des sols étant fixé à 2 mg/kg !..

 

Nous avions ajouté une concentration de Cd équivalente à 6-7 mg/kg, ce qui en soit est déjà au-dessus des sols fortement pollués retrouvés en France donc on ne pourra pas vraiment extrapoler cela à des situations naturelles.

 

On peut cependant noter un bon transfert de ces éléments dans les parties aériennes et je pense que cela pourrait être surtout vrai pour les jeunes pousses (les plantes plus vieilles semblent accumuler moins si on se base sur différents dosages qui ont pu être faits dans d'autres études. »

 

Peut-on oui ou non cueillir la renouée?

 

Ce témoignage invite donc à la prudence en attendant plus de résultats car la plupart des gens qui consomment la renouée consomment justement les jeunes pousses.

 

Il conviendrait donc de cueillir dans des sites non pollués.Il faut malheureusement abandonner l’idée de trouver en France une zone indemne de pollution.  Il faut questionner, enquêter auprès des riverains et des propriétaires pour évaluer le niveau de pollution du site avant de cueillir. Il faut absolument éviter les zones impactées par les épandages massifs d’engrais chimique et de pesticides, les friches industrielles, les bords des routes, les anciennes décharges publiques, etc., mais en cherchant un peu, on finit toujours par trouver des sites « acceptables » de renouée du Japon.

 

Quels sont les risques du Cadmium pour la santé ?

Il y a bien d’autres sources de cadmium dans l’alimentation en dehors de la renouée.  Le groupe scientifique de l’EFSA a évalué en 2009 les risques associés au cadmium dans les aliments. Il a établi une dose hebdomadaire tolérable (DHT) de 2,5 microgrammes par kilo de poids corporel (µg/kg pc) (EFSA, 2012). Les aliments qui contribuent le plus à l’exposition au cadmium sont d’abord les mollusques et crustacés, puis les pains et produits de panification sèche, les pommes de terre et dérivés et les légumes feuilles lorsqu’ils sont récoltés dans des terrains contaminés.

 

Une exposition prolongée au cadmium chez l’Homme peut induire une atteinte rénale, une fragilité osseuse, des effets sur l’appareil respiratoire, des troubles de la reproduction ainsi qu’un risque accru de cancer. Il est aussi suspecté d’entraîner des effets sur le foie, le sang et le système immunitaire.

 

Les engrais chimiques et les rejets industriels sont responsables pour plus de la moitié de la présence du cadmium dans les sols. C’est donc un élément malheureusement présent (à des degrés divers) dans toutes les parcelles de l’agriculture conventionnelle intensive ainsi dans les parcelles voisines où il peut ruisseler et bien entendu sur toutes les berges des rivières qui collectent les eaux de ruissellement des bassins agricoles ou industriels.

 

La renouée, plante-miroir de notre société ?

Exacte réponse végétale à l’impact (et l’impasse) de notre civilisation agro-industrielle sur les sols, troublante réponse végétale à certaines maladies émergentes dues aux infections bactériennes et virales, il semble exister un rendez-vous secret et peut-être même salutaire entre l’enracinement profond de cette plante et le déracinement non moins profond de notre humanité en ce début de millénaire.

 

Au-delà de la ressource alimentaire et des bienfaits sanitaires que ce rendez-vous pourrait nous apporter et des difficultés qu’il suscite, la renouée du Japon nous donne une occasion formidable de reconsidérer les liens qui nous unissent intimement avec le végétal, et je l’espère de revoir notre attitude globale à l’égard du vivant.

 

 

Thierry Thévenin, Mercin, 25 mars 2020

 

 

Remerciements : Un grand Merci à Liliana Motta pour ses photos et sa pensée, un grand merci à Serge Michalet pour son aide.

 

 

 

Bibliographie

 

ALBOUY Vincent, 2017, Étonnants envahisseurs, ces espèces venues d’ailleurs, éditions Quae, Versailles. (Un état des lieux récent du sujet avec une approche scientifique très intéressante qui marque une rupture avec l’approche et la rhétorique guerrières habituelles en la matière).

 

M. BAILLY  (Unité cancer environnement) Cadmium et ses composés

http://www.cancer-environnement.fr/411-Cadmium-et-ses-composes.ce.aspx

 

BROCK, J.H., CHILD, L.E., DE WAAL, L.C. & WADE, M. (1995). - The invasive nature of Fallopiajaponicaisenhanced by vegetativeregenerationfrom stem tissues, pp. 1 3 1 - 1 39. ln : Pysek P., Prach K, Reymanek M. & Wade M.(eds). Plant invasions. General aspects and specialproblems. SPB AcademiePublishing, Amsterdam, The Netherlands.

 

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COMITÉ FRANÇAIS DE LA PHARMACOPÉE « Plantes médicinales et huiles essentielles » – CP022015043 CP02 Séance n°8 du 13 octobre 2015 https://www.ansm.sante.fr/var/ansm_site/storage/original/application/3385c5a00eddd58ce34430846aefcaae.pdf

 

CONSTANCIAS Aurélie, 2008, La renouée du Japon : PolygonumCuspidatumSieb. etZucc. (Polygonaceae), Grenoble, Université Joseph Fourier (thèse de doctorat en pharmacie)

 

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MOTTA Lilianahttp://www.de-hors.fr/recherche/eloge-du-dehors/la-collection-de-polygonum/

 

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